Zone de Texte: "J'ai maintenu ma vie, j'ai maintenu ma vie en voyageant 
Parmi les arbres jaunes, selon les pentes de la pluie 
Sur des versants silencieux, charges de feuilles de hêtre. 
Pas un seul feu sur les sommets. Le soir tombe. 
J'ai maintenu ma vie. Dans ta main gauche, une ligne ; 
Une rayure sur ton genou; peut-être subsistent-elles encore 
Sur le sable de l'été passé, peut-être subsistent-elles encore 
Là où souffle le vent du Nord tandis qu'autour du lac gelé 
J'écoute la voix étrangère. 
Les visages que j'aperçois ne me questionnent pas ni la femme 
Qui marche, penchée, allaitant son enfant. 
Je gravis les montagnes. Vallées enténébrées. La plaine 
Enneigée, jusqu'à l'horizon la plaine enneigée. Ils ne questionnent pas 
Le temps prisonnier dans les chapelles silencieuses 
Ni les mains qui se tendent pour réclamer, ni les chemins. 
J'ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l'infini silence. 
Je ne sais plus parler ni penser. Murmures 
Comme le souffle du cyprès, cette nuit-là 
Comme la voix humaine de la mer, la nuit, sur les galets, 
Comme le souvenir de ta voix disant : « Bonheur ». "
[Epiphania 1937, Georges Seferis, Prix Nobel de la Poésie]
© Georges Seferis

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Artiste-Peintre